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 Accueil - Saint-Pierre : Erution Montagne Pelée
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Martinique - Saint-Pierre : Erution Mont Pelé
Le 7 mai 1902, le volcan est en pleine activité.
"Quand donc pourrai-je revoir mon Poitou, si calme, si tranquille? Jamais, peut-être! On parle de fuir. Où? Jamais nous n'aurions assez de bateaux pour recevoir toute la population. Et puis, on espère toujours : on attend la dernière heure, et peut-être sera-t-il trop tard quand on prendra cette extrême résolution."

(M. Degennes, instituteur à Saint-Pierre. Mai 1902).

Lettres envoyées à leurs proches par des pierrotins début mai 1902

Voici quelques lettres emportées par le Saint-Germain, dernier paquebot à avoir quitté la Martinique avant l'éruption du Mont-Pelée :

Lettre d'une jeune fille. Saint-Pierre, le 3 mai 1902.


"Grand émoi général : nous sommes sous la cendre depuis cette nuit. Les détonations qui ont commencé, sourdement d'abord, s'accentuent depuis minuit. Le volcan fume de plus en plus ; on dirait un immense incendie, quelques-uns même ont vu les flammes. Cette nuit, le spectacle était beau, paraît-il, je regrette de n'en avoir pas joui ; ce n'est que ce matin, à une heure et demie, qu'attirée par l'odeur de soufre, je me suis approchée de la fenêtre. Malgré l'obscurité, je me suis rendu compte que la cendre avait tout envahi ; l'intérieur des appartements, les draps des lits en étaient couverts.

Les habitants des hauteurs ont une frousse terrible, ils fuient avec un entrain admirable. Il parait que cette nuit, les prêchotins (habitants du Prêcheur), sont venus en grand nombre demander l'asile à l'église du Fort, à Saint-Pierre. Le lycée et le collège ont donné congé ce matin ; il parait que de nombreux parents ont fait réclamer leurs enfants. Toutes les familles qui étaient à la campagne regagnent la ville pêle-mêle. La ville est d'une tristesse sans égale, revêtue ainsi de cet immense manteau gris ; tout est uniforme, les rues, nos maisons, les arbres, les chevaux, les voitures, nos vêtements, tout est poudré à blanc. Si cela augmente encore, nous ne pourrons peut-être plus respirer.

On dit que le quartier du Prêcheur n'est pas habitable. On parle déjà de mortalité, mais il faut tenir compte de l'exagération et de la peur surtout qui grossit tout. Je suis d'un calme qui m'étonne, j'attends tranquillement les évènements, ennuyée seulement par cette poussière qui pénètre partout, quoique tout soit fermé. Bien des gens sont affolés ; autour de nous on est assez calme ; maman pas inquiète du tout. Edith seule se préoccupe jusqu'à présent. Si la mort nous attend, nous filerons tous en nombreuse compagnie. Sera-ce par le feu ou par asphyxie ? Il en sera ce que Dieu voudra. Vous aurez notre dernière pensée.

Donne de nos nouvelles à Robert ; dis-lui que nous sommes encore de ce monde ; cela ne sera peut-être plus exact quand ma lettre t'arrivera."


Lettre de monsieur Roger Portel à son frère. Saint-Pierre, le 3 mai 1902.

"Je me réveille ; il est cinq heures et demie. Les rues, les maisons sont couvertes d'une couche de cendre grisâtre semblable au ciment de Portland. La montagne Pelée, qui s'était réveillée depuis huit jours de son long sommeil d'un demi-siècle, paraît environnée d'une fumée très noire. Saint-Pierre, spectacle inconnue aux natifs, est une ville saupoudrée d'une neige grise. Je dis à mes connaissances : Tenez ! voici un effet de neige. C'est un paysage d'hiver moins le froid.

Sur le chemin de la Rivière Blanche, je ne peux pousser au-delà de l'Ex-Voto ; une pluie de poussière m'aveugle, me pénètre dans les narines ; et, dans ce brouillard peu naturel, on ne distingue pas un homme à 30 mètres, à sept heures du matin. Les habitants de la Montagne Guirlande, du Prêcheur, de la Grande Savane, de l'Anse Céron... abandonnent leurs maisons, leurs villas, leurs cottages, leurs cases, leurs paillotes et fuient vers la ville.

C'est une déroute de gens effrayés, pêle-mêle bizarre de femmes, d'enfants, pieds nus, de paysannes aux petites nattes poudrées à leur insu comme les marquises du XVIIIème siècle, de grands gaillards noirs pliés sous les matelas nécessaires pour la nuit prochaine, tandis que de bonnes vieilles, aux fenêtres, marmonnent d'interminables prières.

Il y avait, vers dix heures, 3 centimètres de cendre dans les rues du Fort. Les magasins sont fermés. Les écoles ont été licenciées. Le Gouverneur, M. Mouttet, est descendu de Fort-de-France par le Rubis. Les rues sont mornes ; les pavés ne résonnent plus sous les talons hâtifs des gens affairés. On dirait qu'un pavé de bois a été brusquement mis à la place des pierres de nos trottoirs.

Midi, le journal Les Colonies vient d'ouvrir une souscription pour les habitants de la Montagne Pelée et du Prêcheur. Les pompiers, grâce aux bouches d'incendie de nos principales voies, inondent les rues. Dans les hauts quartiers et dans les ruelles, un agent de police, accompagné d'un homme agitant une cloche, ordonne l'arrosage.

Je suis oppressé et le nez me brûle. Allons-nous tous mourir asphyxiés ? Les prêtres ont fait ouvrir les églises, la nuit dernière, et tandis que le volcan, par ses deux cratères, lançait une colonne de feu, les fidèles priaient, se confessaient, communiaient, écoutaient les exhortations de leurs pasteurs, inquiets parmi les grondements du volcan.

Du débarcadère du Gouvernement à la place Bertin, on n'aperçoit pas le haut de la rue Isambert, le lit de la Roxelane, le coteau du Collège des Pères du Saint-Esprit. De l'école du Mouillage, au delà des clochetons de la cathédrale, une épaisse couche de fumée rend invisible la masse même du Morne-Abel.

Que nous réserve demain ? Une coulée de laves ? Une pluie de pierres ? Un jet de gaz asphyxiant ? Quelques cataclysme de submersion ? Nul ne le sait. L'excursion que nous avions organisée pour demain avec le concours de la Société de Gymnastique est renvoyée à une date ultérieure.

Je t'embrasse, mon cher frère, et je te donnerai ma dernière pensée si je dois mourir. Ne te désole pas trop pour nous.

Roger Portel

Saint-Pierre avant l'éruption.
Saint-Pierre avant l'éruption.Découverte de la ville de Saint-Pierre avant le 8 mai 1902, à travers une série de cartes postales anciennes, et de gravures.

Saint-Pierre après l'éruption.
Saint-Pierre après l'éruption.Découverte de la ville de Saint-Pierre après le 8 mai 1902, à travers une série de cartes postales anciennes, et de gravures.

Documents

Lettres envoyées à leurs proches par des pierrotins début mai 1902.

 Communiqué de la Commission Scientifique concluant à l'absence de danger. (7 mai 1902)

Témoignage de M. Ellery Scott, officier du Roraïma, navire au mouillage devant Saint-Pierre au moment de l'éruption.

 Témoignage de M. Lubin passager du Rubis, alors que le navire tente de porter secours à Saint-Pierre.

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