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 Accueil - Saint-Pierre : Erution Montagne Pelée
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Martinique - Saint-Pierre : Erution Mont Pelé
Le 7 mai 1902, le volcan est en pleine activité.
Commandant du Suchet à Marine, Paris. "Reviens de Saint-Pierre, ville complètement détruite par masse de feu vers huit heures du matin. Suppose toute population anéantie. Ai ramené les quelques survivants, une trentaine. Tous navires sur rade incendiés et perdus; je pars pour Guadeloupe chercher vivres. L'éruption du volcan continue."

Capitaine de Frègate Le Bris. Fort-de-France, 8 mai, 9H55 du soir.

Témoignage de M. Ellery Scott, officier du Roraïma, navire au mouillage devant Saint-Pierre au moment de l'éruption

"Le jour commençait à peine, lorsque le 8 mai, au matin, la Martinique fut signalée. Nous venions de traverser un orage, et il était environ six heures lorsque nous jetâmes l'ancre en vue du débarcadère de la place Bertin. Quand l'agent vint à bord avec les chalands et les gabariers , il nous dit que la montagne Pelée faisait des siennes depuis le samedi et que jusque dans Saint-Pierre il était tombé une forte pluie de cendres chaudes. Cependant le volcan paraissait apaisé, et les gabariers se mirent vaillamment au travail.

Il y avait à l'ancre à côté de nous, dans la rade, environ dix-huit vapeurs ou caboteurs, dont l'un était un navire français du port de Nantes, le Tamaya, capitaine Moritz ou Maurice, sans compter quatre grands voiliers. Le steamer anglais Roddam était mouillé tout près de nous.

Il se produisit alors un singulier phénomène, comme une sorte de trépidation de l'atmosphère, et j'eus la sensation d'avoir été bousculé par une main invisible. Immédiatement, quelqu'un s'écria auprès de moi : Grand Dieu ! regardez. Il avait les yeux fixés sur la montagne Pelée, et les regards de tous prirent la même direction. Ce que je vis, je suis impuissant à le décrire, mais ma première pensée fut que c'était la fin du monde. On aurait dit que tout ce qu'il y a de dynamite dans l'univers venait de faire sauter la montagne.

Une immense colonne de flammes s'éleva droit dans l'air, puis, s'élargissant, sembla crouler sur nous du haut du ciel. Je courus alors, avec notre second, Moxley, et quelques hommes vers la pointe d'avant pour essayer de lever l'ancre. En passant, j'entendis le capitaine donner des ordres, et je vis Mac Fear, le mécanicien, descendre précipitamment dans l'entrepont.

Au moment où nous nous arrivions à l'avant, la terrible trombe était sur nous. Une véritable avalanche de pierres incandescentes, de fange bouillante et de gouttes de feu s'abattit sur le bâtiment comme une volée de mitraille. En même temps, on aurait dit que toute l'eau du port se ramassait en bloc, avec un fracas épouvantable, pour se ruer à l'assaut des navires, qui soulevés par l'énorme vague, semblèrent capoter et couler à pic.

Quand le raz de marée atteignit le Roraïma, ce fut un effroyable coup de tangage, et tout fut rasé sur le pont : les mâts, les cheminées, les embarcations, tout. Il y avait une manche à air à ma portée : je m'y accrochai de toutes mes forces, ce qui faillit me coûter la vie, car la force du flot fit entrer mon corps dans l'orifice. Deux gabariers me dégagèrent et m'entraînèrent dans l'entrepont. Je restai là quelques instants, à moitié évanoui, pendant que les projectiles et le feu faisaient rage au-dessus de moi.

De temps en temps, un matelot carbonisé dégringolait, avec des hurlements atroces, à travers l'écoutille et expirait en bas : je fus bientôt enseveli sous un monceau de cadavres. Quelqu'un pourtant m'ayant relevé, je remontai sur le pont et je me mis à essayer de sauver les blessés qui étaient tous étendus çà et là sous la boue et les pierres incandescentes qui continuaient de pleuvoir. Pendant que j'étais à cette besogne, le capitaine Muggah parut : je ne le reconnus qu'à ses vêtements qui fumaient, car son visage, entièrement brûlé, était méconnaissable.

Amène tout, cria-t-il. Il fut impossible d'obéir à cet ordre, car, après avoir échappé au raz de marée, le navire avait été troué comme une écumoire par la pluie de feu. Je n'ai plus revu le capitaine depuis, mais un gabarier m'a dit qu'il avait sauté par dessus bord, s'était réfugié sur un radeau qu'on avait improvisé en toute hâte, et qu'il y était mort presque aussitôt.

Pendant ce temps, la mer continuait de rouler de formidables lames de fond, la montagne Pelée ne cessait de mugir, et de prodigieuses secousses ébranlaient l'atmosphère. Du côté de Saint-Pierre, le spectacle était terrifiant. La ville avait disparu, et à sa place on n'apercevait plus qu'une immense traînée de poussière grise, de flamme et de fumée. Tout autour de nous, les navire qui n'avaient pas coulé flambaient et toute la rade était couverte de cadavres flottant isolément ou par groupes.

Quelques heures plus tard, je ne sauris dire au juste combien, vers trois heures de l'après-midi, d'après ce qu'on m'a raconté, le navire français Suchet put nous accoster : c'est ainsi que j'ai été sauvé avec seize autres personnes, toutes plus mortes que vives. On nous conduisit à Fort-de-France, où nous avons été recueillis à l'hôpital."

Saint-Pierre avant l'éruption.
Saint-Pierre avant l'éruption.Découverte de la ville de Saint-Pierre avant le 8 mai 1902, à travers une série de cartes postales anciennes, et de gravures.

Saint-Pierre après l'éruption.
Saint-Pierre après l'éruption.Découverte de la ville de Saint-Pierre après le 8 mai 1902, à travers une série de cartes postales anciennes, et de gravures.

Documents

Lettres envoyées à leurs proches par des pierrotins début mai 1902.

 Communiqué de la Commission Scientifique concluant à l'absence de danger. (7 mai 1902)

Témoignage de M. Ellery Scott, officier du Roraïma, navire au mouillage devant Saint-Pierre au moment de l'éruption.

 Témoignage de M. Lubin passager du Rubis, alors que le navire tente de porter secours à Saint-Pierre.

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