La Poésie


Aimé Césaire
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 Librairie - Littérature Antilles & Martinique - Aimé Césaire
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La Poésie

Toute la poésie de cet homme de combats, depuis longtemps maire de Fort-de-France, dans ce recueil aussi violent qu'un volcan, aussi pur que la neige, aussi magique que l'évidence. Le comique des situations bouleverse tant il marque la vérité dans toute son horreur et sa tristesse. Des rages colériques s'immisce dans les silences pesants de la condition de l'homme. Le questionnement revient sans cesse sur la négritude. Empreint d'amour et de justice, ses textes sont une bouffé d'air frais et angoissant à la fois. Sa poésie, c'est la vie.

Aimé Césaire, frère du volcan (Critique Journal Le Monde)
"J'habite une blessure sacrée/ J'habite des ancêtres imaginaires/ J'habite un vouloir obscur. " Volcanique, animale, percée d'images si fortes qu'on les retrouve, à tout bout de champ, dans les parenthèses mêmes de ses ennemis (presque) mortels ; torrentielle, violemment humaine, lourde d'odeurs et de bruit, la poésie d'Aimé Césaire _ né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe (Martinique), encore maire de Fort-de-France mais sans charge parlementaire depuis ses quatre-vingts ans _, sa poésie est là, rassemblée, établie, faisant volume, forêt, chant de l'extérieur porté par un seul homme, beauté basaltique (" Beauté, je t'appelle pétition de la pierre... ").
Ce " monument lyrique " (André Breton) réserve trois secrets d'une magie parfaitement lisible. Un secret de Polichinelle, en premier lieu : son évidence. C'est une évidence qui éclate sur les sourires des filles à l'écoute de Gérard Philipe. La photo de cette lecture figure dans le Aimé Césaire, le Nègre inconsolé, de Roger Toumson et Simonne Henry-Valmore (1). Pour qui a vu Antoine Vitez dire le Discours sur le colonialisme, pour qui a eu, un jour ou l'autre, à lire des mots de Césaire devant des enfants, des élèves, " blacks, blancs ou beurs ", cette évidence est une évidence de bouche. De voix. Il est des textes de théâtre ou de poésie, les comédiens savent cela, qui passent mieux en bouche que d'autres.
L'évidence de Césaire, creusée d'images violentes, est une évidence de cri et de rondeur aux accents d'acide gaieté. Ah oui ! si l'on rate ce comique particulier de la souffrance (si on le lui refuse), on perd tout. Dit-on encore de sa poésie qu'elle est hermétique ? Elle parle plus vite à un illettré africain qu'à un diplômé, à une paysanne du nord de l'île qu'à un professeur. Il s'en amuse et le sait.
Son deuxième secret, c'est sa colère. D'où le silence prudent qui l'enrobe. Mingus : " Etre nègre aux Etats-Unis, c'est être en colère tous les matins. " La colère matinale de Césaire est le moteur d'un texte sans ressentiment mais qui n'en démord pas : " Je ne rumine pas le remords. " Rien d'une lamentation teigneuse, Césaire a l'impatience acide et le romantisme plutôt sarcastique : " Ou bien tout simplement, comme on nous aime ! / Obscènes gaiement, très doudous de jazz sur leurs excès d'ennui ? / Je sais le tracking, le Lindy-hop et les claquettes. / Pour les bonnes bouches la sourdine de nos plaintes enrobées de oua-oua. Attendez... / Tout est dans l'ordre. Mon ange broute du néon. / J'avale des baguettes. Ma dignité se vautre dans les dégobillements. " Ou alors : " Je sais la merde (et sa quadrature) "... Sa quadrature...
A fleur de mots
Le troisième secret est plus difficile à percer, car c'est, de loin, le plus visible. Il explique la méconnaissance dont pâtit la poésie du vieux tigre de Fort-de-France. Il explique aussi tout un déchaînement qui n'ose aller au parricide (symbolique), tout un bouillonnement autour de la négritude, qu'il a inventée, et de la créolité, qu'on lui oppose, tout un débat qui prend des accents d'autant plus linguistiques qu'il est davantage politique. Autant dire que vu d'" ici ", dans l'état avachi des moeurs littéraires, sur fond de léger désastre angoissé, il fait tache...
Depuis son Cahier du retour au pays natal (1939), Césaire est un poète, comment dire ?, engagé... Voilà. En fait, cela ne se voit pas. Ce n'est pas un prêcheur. Mais, du même coup, cela se voit partout, à fleur de mots ("Est-ce qu'on tue le remords, beau comme la face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait dans sa soupière un crâne hottentot ? " ).
Sa passion est d'aimer et de justice : " Si les nègres n'étaient pas un peuple, disons de vaincus, enfin, un peuple malheureux, un peuple humilié, etc., renversez l'Histoire, faites d'eux un peuple de vainqueurs, je crois, quant à moi, qu'il n'y aurait pas de négritude. Je ne me revendiquerais pas du tout de la négritude, cela me paraîtrait insupportable."
Dans un bref cri du coeur (2), Annie Le Brun reprend cette confidence faite à Jacqueline Leiner pour marquer la réédition de Tropiques. Tropiques est la revue de " dissidence " contre le pétainisme tropical qu'avec René Ménil et quelques autres, Suzanne, sa propre femme, il fonde en 1941 (3).
Poussé par un normalien normand, son professeur, à s'inscrire en khâgne à Louis-le-Grand, Césaire avait rencontré Senghor et l'Afrique. Leur débat, essentiel au siècle, on le saura bientôt, n'a pas cessé. Ils l'ont affûté rue d'Ulm. Le retour au pays natal, l'entrée en poésie furent marqués d'une crise, proche de la démence, dont Toumson et Simonne Henry-Valmore font discrètement un épisode clef. Avec une attention exacte au biographique, à l'événement, aux fils intellectuels, idéologiques, ils suivent à la trace cette blessure (la " blesse ") qui laisse inconsolé. Elle ne donne pas lieu à interprétation. Elle est là. Principe poétique et raison d'une vie sans calcul dont le mouvement est rendu.
C'est par cascade de hasards (objectifs) que le professeur du lycée Schoelcher se retrouve candidat, élu communiste, vite en rupture de ban, avant le drame de Hongrie (1956), maire de la ville et bientôt député, dirigeant charismatique, donc suspecté d'autocratie, conscience de la part malheureuse de son peuple, point névralgique de toutes les tensions.
Saint-John Perse double solaire
Aujourd'hui, on cherche à savoir, à ébranler. Pour autant, dit Raphaël Confiant dans sa vigoureuse Traversée paradoxale du siècle (4) _ un peu comme s'il devait à chaque ligne, malgré tout, rendre à Césaire ce qui est à Césaire _, son intégrité, son esprit démocratique, son refus du monde béké, sa volonté inébranlable d'une culture autre sont indéniables. Ça fait pas mal. Les attaques sont tempérées par Chamoiseau venu en couverture. Peu de brûlots à s'abriter autant. Même pour railler (ethnographiquement) le goût du complet-cravate chez Césaire, c'est en notant qu'" il le porte à merveille ".
Plus sérieusement, de cette lutte qui en dit autant sur les uns que sur les autres, et sur " nous ", il ressort une critique de fond (le rôle économique, fantasmatique, idéologique des modèles traditionnels, de la plantation, chez Césaire) ; et l'impossibilité touchante de s'en prendre à lui sans persiller le pamphlet de citations poétiques, toutes plus belles, plus saisissantes les unes que les autres, immédiatement en mémoire.
Quel rêve d'enfant de les réconcilier ? Les petites Antilles, cette poussière de volcan, accouchent de la dernière guerre d'idées réelles. Ils sont " fils à jamais " de celui qui est pour toujours " leur père ". Mais alors, tout est dit ! Ce qui complique, très poétiquement, l'aventure, c'est que Césaire ne se voit ni en frère ni en mari de son peuple, mais en amant...
On peut le relire entier, attendant le théâtre et les discours politiques. On peut le lire dans son détour qui faillit le perdre : par la Grèce, la culture, l'amour de la langue, et qui le ramène à l'essentiel. A côté de Rimbaud, Mallarmé et Cendrars, Lautréamont et Apollinaire, on placera les poètes noirs d'Amérique qu'il a connus très tôt ; Nietzsche et quelques professeurs pour passeurs ; Frantz Fanon pour conscience ; les surréalistes en frères d'armes ; Saint-John Perse enfin, comme double solaire, " le chercheur de sources perdues / le démêleur de laves cordées "... Les fleuves ne sont pas impassibles. MARMANDE FRANCIS.
Auteur : Aimé Césaire Langue : Français Éditeur : Seuil (3 février 2000)
Collection : Poesie
Format : Relié
ISBN : 2020212323
Dimensions (en cm) : 2 x 14 x 21
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• Disponibilité : ( à vérifier )
• Prix éditeur : 33€.

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